Les petits secrets de programmation de Jazz Light

Hervé Bedoch a créé Jazz Light il y a 10 ans, il raconte les petits secrets de fabrication de cette radio Smooth Jazz, diffusée par Shoutcast et programmée via le RadioManager

Bonjour Hervé, raconte-nous dans le détail comment la programmation de Jazz Light s’organise…

Concernant les Day template, ils sont réalisés en fonction des saisons et des événements réguliers qui rythment l’année.

Certains sont spécialement faits pour les périodes « classiques ». Lorsque les auditeurs travaillent et qu’il n’y a pas d’événement calendaire particulier. Dans ce cas, je travaille avec des Day Template composés de tempos différents en fonction des saisons. J’ajoute certaines catégories musicales en fonction de ces périodes. Pas trop triste en hiver avec un tempo un peu plus soutenu sur un mois de novembre généralement grisâtre, plus ensoleillé au printemps et en été… Par exemple, de juin à août, j’intègre des catégories de titres de musiques brésiliennes, latines ou avec des artistes qui rappellent les îles, le sud et le soleil. On va retrouver plus d’artistes comme Gilberto Gil, Chico Buarque, Jorge Ben, Djavan, Astrud Gilberto, Césaria Evora, Campay Segundo en été… Pour Noël, au mois de décembre, j’intègre des chants de Noël de chanteurs pour la plupart américains pour un Day Template utilisé uniquement sur ce mois. Pour les fêtes de fin d’année, on retrouve alors deux chants de Noël par heure et un habillage spécial « Christmas » sur ce mois.

Côté « Clock », j’ai deux catégories principales une « Jazz »  qui rassemble des titres 100 % Jazz, les incontournables ! Puis une seconde catégorie « Soft » qui rassemble les slows, la soul, les titres qui ne sont pas identifiés comme étant du Jazz… Chaque catégorie est classée par décennie puis séparée avec une classification française et étrangère… Après, pour la programmation, toute la journée, il y a systématiquement un titre « Jazz » sur deux, et au moins 50 % des titres par heure datent d’après les années 2000 ! Le soir de 20h à minuit, on est sur du 100 % Jazz avec un tempo plus soft. 

Et puis, j’ai une playlist (nouveautés) de 20 titres revus toutes les semaines et on doit tourner avec environ 1 100 titres au total. Ce qui est énorme par rapport aux autres radios et webradios, mais c’est un choix assumé.

Quel est l’objectif en termes de rendu pour l’auditeur ?

Jazz Light est née en mai 2011, d’ailleurs, on célébrera ses 10 ans fin mai pendant une semaine spéciale… À cette période, je suis parti du constat qu’en France, il n’y avait pas de radio ou de web radio qui proposait un format Smooth Jazz. C’est-à-dire un format avec tous les styles de Jazz… Un format plus commercial, plus accessible à toutes et tous, légèrement plus « Soul-R&B » ! Ce format radio existe et fonctionne très bien aux États-Unis depuis les années 80.

Je voulais donc proposer cette alternative aux internautes en adaptant ce format avec notre culture. Qu’ils puissent retrouver Frank Sinatra, Ray Charles, Nina Simone, Billie Holiday avec les tubes FM de Norah Jones, Diana Krall, Adele, Gotan Project, Amy Winehouse, Alicia Keys, Pink Martini, Dido, Caro Emerald, Parov Stellar et de nos artistes français…  

Les auditeurs aiment Jazz Light pour sa diversité musicale. Nous avons une des plus belles durées d’écoute des webradios musicales. La programmation compte 3 à 4 fois plus de titres qu’une webradio normale et nos rotations sont plus larges, ce qui évite que l’auditeur ait l’impression d’entendre toujours les mêmes chansons. 

Quel est pour toi la définition du jazz au sens très large, puisque la programmation de ta radio est plutôt large et diversifiée ?

Jazz Light… C’est du Jazz version Smooth Jazz… Populaire et pour tous… On ne doit pas être élitiste ! Mais au début, certains puristes nous ont insultés sur les réseaux sociaux, car pour eux ce n’est pas du Jazz ! Or, notre idée est la suivante, lorsque tu écoutes, soit tu reconnais l’artiste par le biais d’un standard universel pour tous, soit tu connais la chanson qui est une reprise « cover », d’un tube que tu retrouves en adaptation Jazz… Exemple : « Billie Jean » de Mickael Jackson repris par « The Lost Fingers » ou « Jamie Lancaster » que l’on diffuse ! 

Depuis 6 mois, la programmation s’ouvre un peu plus sur la soul et le funk. Mais 60 % de la programmation reste du Jazz !

Dans les années qui viennent quelles sont les perspectives de développement de Jazz Light ?

Le développement passera par plus de présence, de référencement et de notoriété sur le digital. On retravaille activement sur le déploiement d’un nouveau site internet et d’une appli mobile. Nous souhaiterions mettre en place des partenariats avec des artistes que l’on découvre directement sur Youtube, sur Facebook ou avec des lieux emblématiques ou se déroulent des concerts comme ce que nous avons fait il y a deux ans avec le restaurant Live Club du chanteur Daryl Hall (connu pour son titre « I can go for that » qu’il interprète en duo avec John Oates). Il possède son propre restaurant au nord de New York et il programme de nombreux artistes. Il enregistre des « live »  avec les plus grands musiciens de la scène américaine. C’est capté et diffusé sur les réseaux sociaux et nous on passe un accord pour monter une thématique qui s’adapte à notre format. Ce fut un joli coup, on a pu écouter sur Jazz Light, ZZ Top, Cee Lo Green, Jason Mraz, Dave Stewart reprendre des grands classiques en exclus sur notre petite webradio !