Radio Compile mise sur l’info locale, et ça marche !

La webradio belge dont les studios se trouvent à Hannut, dans la Province de Liège, a triplé l’audience de son site et de ses podcasts en misant sur l’info locale. La radio a notamment joué un rôle capital pendant la crise du Covid-19. Nicolas et Alexandre Braeckman, qui ont créé la radio depuis plus de 10 ans, racontent cette réussite.

Le fait de développer Radio Compile sur un modèle de radio locale a-t-il été le cas dès le départ ?

Non, ce n’était pas le but au moment de la création de Radio Compile. Mais nous nous sommes vite rendu compte que le concept allait devoir changer si nous voulions trouver notre audience. Un programme généraliste, classiquement, n’a plus sa place sur internet. D’autres le feraient mieux que nous.

Le projet local date, réellement, de 2018. Depuis que nous avons le studio implanté à Hannut. Plus encore depuis août 2019 et l’arrivée à la Maison des Jeunes. Là, nous avons mis en place notre projet jeunesse à 100%. C’était logique, sensé, et aujourd’hui, cela porte ses fruits.

Comment avez-vous construit votre modèle de webradio locale ?

En plusieurs axes. Au niveau antenne, ça se travaille sur du moyen terme, le temps d’impliquer des personnes de la région. Nous avançons progressivement depuis 2 ans à ce niveau, avec l’arrivée de jeunes (dès 12 ans) et la mise en place de dispositifs locaux (couverture des élections communales, suivi et organisation d’événements, comme la distribution de cadeaux à Noël en décembre 2020, qui avait fait un véritable carton).

Il y a ensuite eu le confinement, qui a donné un coup de boost à notre autre axe: la rédaction web. Notre site web reprend aujourd’hui les infos hannutoises en soi, mais uniquement le « feel good ». On axe nos infos sur des choses positives. En plus de cela, nous avons proposé une page spéciale sur le site sur le coronavirus à Hannut. Nous avions le Bourgmestre en ligne deux fois par semaine pour faire des points essentiels. Cela sortait en podcasts et a littéralement fait exploser notre audience, surtout en replays. Pour la première fois, nous avons pu diffuser une info locale plus vite que certains groupes comme Sudpresse chez nous. On ne s’attendait pas à ce que cela prenne autant. 

Sur ce sujet, nous avons aussi proposé des témoignages: comment tel restaurateur s’en sort, quelles solutions pour les indépendants ? Nous avons laissé un bouton pour nous envoyer une info, qui a bien fonctionné également. Pour vous donner une idée, le contenu le plus écouté sur le site, à lui seul, a réuni un peu plus de 15.000 visiteurs uniques.

Tout cela réuni, nous avons réussi à créer une communauté. Aujourd’hui, la commune nous envoie ses infos, les questions fusent sur telle ou telle actu, on reçoit des mails chaque jour pour qu’on les diffuse en local à Hannut.

Enfin, il y a le projet jeunesse, qui nous a bien fait connaître depuis septembre. Des jeunes (12 à 18 ans) qui sont encadrés et font leur propre émission de A à Z. Cela leur permet de découvrir l’envers du décor, de mieux comprendre comment marchent vraiment les médias et donc d’être plus critiques. Deux émissions étaient en ligne cette année. Il pourrait y en avoir cinq la saison prochaine, dont une qui permettra à des jeunes d’apprendre à devenir DJ aux côtés d’un DJ apprécié dans la région. Tout ça, c’est la Maison des Jeunes qui nous aide à le mettre en place. Aller sur place était un tremplin inestimable.

C’est très enrichissant et ça prouve qu’un média local, même connecté à 100%, cela peut fonctionner. 

Quels sont les programmes locaux qui fonctionnent le mieux ?

Pour le moment, les podcasts et les contenus web. Tout ça, cela tourne bien. Le site va un peu évoluer pour que cela soit mis en avant. Nous avons encore trop peu de contenus locaux sur antenne, mais comme on veut mixer ça avec la programmation musicale plus généraliste, il faut être malin dans nos réflexions.

Cela va évoluer encore à la rentrée. Nous avons aujourd’hui 3 rédacteurs et en septembre, une émission uniquement dédiée à l’actu locale. Sans oublier nos jeunes, qui continuent à rejoindre notre projet. Place aux Jeunes (jeudi 18-20h) a bien marché pour sa première saison. Pouvoir intégrer des ados de 12 à 18 ans, ça fait partie de notre ambition. C’est un moyen d’expression et une façon de décoder le monde médiatique qui, selon nous, est fondamentale. 

Dans l’ensemble, on évolue bien. Cela prend du temps parce que nous avons un boulot à côté. Mais nous allons dans le bon sens et le retour des gens est motivant.

En quoi la cible d’un public local est un modèle intéressant pour une webradio ?

C’est valorisant, parce que ça implique de s’intéresser à sa région. C’est passionnant, c’est prenant. Pour ceux qui font partie de la webradio, c’est un challenge très motivant. 

Pour l’auditeur, c’est un média connecté, digitalisé et dispo en full time. Sans modèle d’abonnement. Mine de rien, en Belgique, le modèle digital avec abonnement est courant, mais le tout gratuit, ça n’existe plus vraiment. Dans ce sens, on comble un manque. Même si nous aussi, nous monétisons le site, c’est logique.

Quels sont, selon vous, les ingrédients d’une bonne webradio locale ?

L’intérêt pour la région. Si vous le faites par obligation, ça se sentira. Il faut avoir envie d’aller plus loin, sans nier les moyens dont nous disposons. Nous n’avons pas de rédaction professionnelle. Nous sommes peu de rédacteurs et notre équipe radio, si elle grandit, reste minime par rapport aux grands médias. Il faut donc faire avec.

L’objectif, c’est que la radio relaie ce qu’il se passe dans la région. Mais il ne faut pas tomber dans l’égo de vouloir se mettre en avant. En relayant ce que font les autres, on se fait connaître. Pas l’inverse. 

N’est-ce pas un paradoxe pour une webradio (qui peut-être écoutée dans le monde entier) de faire uniquement un programme local ? 

Uniquement du local, c’est difficile. Nous avons fait un choix de créer du local dans le contenu et du généraliste dans la musique. C’est un bon mix.

Faites-vous aussi en sorte de rendre votre programme intéressant pour des auditeurs qui ne viennent pas de votre région

Oui. Notre programmation musicale reste généraliste et est clairement axée sur le monde. Nous n’avons pas prévu de créer une grille 24/24 en émission. Nous avons des tranches de contenu et des tranches musicales généralistes.